Ainsi les écologistes ne seront pas les seuls à présenter un candidat franco-quelque chose : la droite libérale aura son candidat
franco-allemand. De Gaulle écrivit dans ses Mémoires de Guerre : « Si j’ai eu tort, c’est que Laval et Déat ont eu raison ». L’objectif de chacun ? assurer à la France une
place au sein de l’Europe future en pariant sur le “bon” vainqueur. De Gaulle pariait sur la libération de l’Europe par les Alliés ; Merkozy considère qu’elle est d’ores et déjà
allemande.
L’âpreté de la bataille d’Athènes pour l’euro lui-donne-t-il raison ? Angela a dû apprendre à faire preuve de psychologie en
remisant — provisoirement ? — dans ses cartons un projet de protectorat bruxello-allemand sur la Grèce, mais celle-ci est au bord de l’implosion devant la soumission de son pays légal
aux diktats européens. L’ingérence, à la demande même du chef de l’Etat, de Germania dans les affaires intérieures françaises, ne laisse pas moins de scandaliser et rend Sarkozy indigne de
briguer les suffrages des Français.
On ne saurait pourtant s’étonner du silence de François Hollande. C’est un autre socialiste, François Mitterrand qui, le premier sous la Ve
République, laquelle demeure le règne de l’étranger, commit la faute d’immiscer l’Allemagne dans nos débats nationaux : il demanda en 1992 à Helmut Kohl de peser sur le choix des
Français en intervenant directement dans la campagne sur le traité de Maëstricht. Apparemment Mitterrand, pour qui, en un de ces sophismes dont il avait le secret, la France était notre
patrie et l’Europe notre avenir, eut raison, ...quant à ses objectifs, puisque le “oui” passa : mais ce fut d’extrême justesse ; surtout la situation, en 2012, des États victimes de
la monnaie unique semble justifier les propos de Paul Nizan : « vingt ans : je ne laisserai dire à personne que c’est le plus bel âge de la vie ».
Car, en vingt ans, les mentalités ont évolué et il n’est pas certain que l’omniprésence d’Angela Merkel et du “modèle allemand” depuis
quelques semaines dans le discours élyséen ne soit pas contreproductif. L’Europe a déçu, montrant son vrai visage, du moins aux États qui, contrairement à l’État allemand, protégé par la Cour
de Karlsruhe, se laissent dominer par l’idéologie fédéraliste : celui d’une tyrannie tatillonne, imposant la dissolution des peuples via l’immigration massive et le discours
droitdel’hommiste, impitoyable aux faibles, instrument de la récession par l’ouverture des frontières à tous les courants du mondialisme. Les Grecs qui manifestent, les Hongrois solidaires,
dans leur grande majorité, de leur chef de gouvernement, demain, certainement, d’autres peuples particulièrement visés par le corset de fer que veulent imposer Bruxelles et Berlin, montrent
et montreront la voie de l’insoumission. Car le temps de l’ “indignation” est bien passé !
Dans ces conditions, le bilan catastrophique du chef de l’Etat ne peut être édulcoré que dans le cadre d’une dramatisation à l’
“international” au vu de la situation au Proche et au Moyen Orient : qu’il s’agisse de la question nucléaire iranienne ou de la guerre civile syrienne, Israël est au centre des enjeux.
Toutefois, les révolutions arabes, (in-)achevées ou en cours, laissent un goût amer à leurs partisans eux-mêmes, qui sont bien discrets pour en dresser le bilan, et si le tropisme américain
demeure la boussole de notre politique étrangère, les Français, dans leur ensemble, ne semblent guère se mobiliser “pour” la Syrie, en dépit du bombardement ...médiatique à son sujet. C’est
que les conséquences migratoires et/ou islamistes des révolutions tunisienne, libyenne et égyptienne — jamais les chrétiens n’ont été aussi persécutés que depuis un an en Égypte —, comme
l’instabilité régionale qui en résulte déjà (Mali, Liban), imposent de raison garder.
Aussi le candidat élyséen ne parie-t-il pas seulement sur une aggravation de la situation internationale, toujours imprévisible. Il a compris
qu’en raison même de cinq ans d’imposture, c’est non seulement encore plus “à droite” qu’en 2007 que se jouera l’élection présidentielle... mais qu’il est surtout nécessaire non tant
d’aspirer les voix des électeurs du Front National et, plus simplement, des Français aussi patriotes que soucieux de justice sociale — l’indépendance de la patrie étant la première condition
—, que de leur interdire de s’exprimer librement.
Sa conversion subite aux référendums, quelle guignolade pour l’homme du traité de Lisbonne ! Mais surtout, son opposition aussi émouvante que
récente...et apparente, au “mariage” homosexuel, à l’ “homoparentalité” ou au vote des étrangers, alors qu’il hésitait il y a quelques jours à peine comme s’il s’agissait de simples questions
techniques, donc neutres, et non pas anthropologiques ou politiques, touchant à l’essence même de la société ou de la cité, l’indique clairement. Pour lui, ce sont donc aussi sur les valeurs
traditionnelles que l’élection peut se gagner... Avant de les trahir d’autant plus facilement qu’il ne pourra pas se représenter en 2017 : les “conservateurs” devraient y songer avant de
pratiquer la politique de Gribouille. Comme nous l’avions prévu dès son entrée en campagne, il y a plusieurs mois, Christine Boutin en a profité pour se rallier... Mais totalement démonétisée
par ses palinodies, elle n’a rien pu négocier — qui peut croire aux cent circonscriptions ?
La condition de l’entourloupe ? Que Marine Le Pen soit absente de l’élection. Le fait qu’à l’heure où nous écrivons, et dans l’attente
de la décision du Conseil constitutionnel sur la publicité des parrainages — qui devrait être rendue le 22 février —, elle n’ait toujours pas “ses” signatures, en raison des pressions
exercées sur les maires, montre l’accointance des deux grands partis du système à rester entre soi. Comme le fait que deux candidats marginaux, Dupont-Aignan, pour le gaullisme canal
historique, et Carl Lang, pour l’ultra-droite qui n’a rien appris faute d’avoir rien oublié, déclarent les avoir déjà ou espérer les recueillir... L’absence de Marine Le Pen ferait assurément
de l’élection présidentielle une élection truquée. Mais qu’importe à un pays légal qui n’a jamais hésité, quand c’était son intérêt, à avoir une conception très élastique de sa propre
légalité ? Après tout les Français, sous la IVe République, n’ont-ils pas avalé le scandale des apparentements... ? Et se sont-ils révoltés lors du coup de force du traité de
Lisbonne en 2007 ? Et en plus, chacun sait qu’ils ont la mémoire courte !
François Marcilhac - L’AF
2834